On peut se demander d’où vient un tel comportement langagier : bien qu’il soit évidemment impossible d’en attribuer la naissance, il est pleinement assuré que les médias, et, plus particulièrement, les leaders de la conduite people, qui en sont à l’origine, et même, parmi eux, les moins attentifs à leur posture langagière, les moins que semi-habiles en sont les vecteurs principaux. « On va dire », ou « j’ai envie de dire », ou encore « voilà », sont des items qui peuplent désormais les conversations. Les « têtes de gondoles » qui guident les choix de ceux qui, sachant ne pas appartenir aux catégories qui comptent, aspirent à s’y élever, d’une part pour « être comme tout le monde » (forme apparemment paradoxale de l’accès au vécu à une sphère de distinction, elle aussi négligée par les vigiles) d’autre part pour, donc, s’inscrire parmi la population « distinguée ». Tout à la fois, on parle comme tout le monde et on s’exprime comme personne. Une détestable, très faible et très vulgaire présentatrice ponctue presque toutes ses phrases de « j’ai envie de dire ». Mais qu’elle le dise sans ajouter cette rustine qui, par elle-même, est dépourvue de sens et ne joue que comme marqueur de ceux qui veulent et croient appartenir aux pauci beati. Tel journaliste sportif, commentant le tennis avec une partialité et une incompétence confondantes, ouvre sans cesse son discours de « on va dire ». Par exemple, « on va dire qu’il a fait un revers boisé ». Il l’a fait ou il ne l’a pas fait ? S’il le fait, le boulot du journaliste consiste à le dire, simplement, à ne pas mentir. Quant à Yves Calvi, chaque après-midi, en meneur de jeu, il insère des « voilà » deux ou trois fois par phrase sans qu’il soit possible de percevoir quelle est la fonction sémantique précise de cette incise. Le populo sans défense, imite évidemment ces arbitres nouveaux du bien parler. Tristesse.