Et pourtant. Si vous tombez sur un prof qui ne correspond en rien à vos « habitus » (Bourdieu ; c’est-à-dire, approximativement, vos goûts et vos préférences), non seulement vous ne recevrez aucun plaisir dans votre fréquentation des écrivains, mais au contraire, vous courrez le risque d’en concevoir un dégoût durable, qui ne vous abandonnera pas.

Le passage obligé par l’enseignement est ici, à la fois un obstacle et un moyen. On connaît bien cette dialectique, qui agit dans d’autres domaines aussi : elle conditionne la pénétration de la littérature et l’on voit mal ce qui pourrait la remplacer.

Reste le gain lui-même : la poursuite des études secondaires pour tous ne peut que favoriser la littérature et son expansion. Il y aura, certes, des morts, après l’entrée en sixième, mais les rescapés seront beaucoup plus nombreux que précédemment. L’affirmation selon laquelle la littérature est abandonnée par les élèves n’est donc rien d’autre qu’une absurdité. Elle n’est proférée que par des nostalgiques abusifs ou des incompétents. On ne devrait pas s’y arrêter, sauf que, ces temps-ci, la ritournelle devient obsédante et commence à tenir lieu de pensée unique, ou, mieux, « de prêt à penser ».