En 1960, le général de Gaulle décidait de prolonger la scolarité obligatoire jusqu’à seize ans. Aussitôt des cohortes d’élèves furent précipitées au collège puisqu’il n’y avait plus de barrière. Les chers petits se trouvèrent, du même coup, exposés aux gaietés (scolaires, bien sûr) du Cid ou de quelque autre héros littéraire. Ce fut évidemment une excellente chose, chacun avait potentiellement accès aux « grands » auteurs classiques. Ce fut cependant sans préparation, de but en blanc, et je ne suis pas sûr que les enseignants eux-mêmes y fussent préparés.

Il n’empêche : les manuels (le quasiment éternel Lagarde et Michard) ont connu immédiatement un succès au moins décuplé. L’enseignement de la littérature restait toujours aussi insatisfaisant, mais, au moins, elle n’était pas, quantitativement, interdite à la plus grande partie de la population. J’insiste sur le « quantitativement » car ce que l’on n’appelait pas encore « le plafond de verre » empêchait beaucoup des élèves nouveaux venus de recevoir correctement toutes ces œuvres nouvelles.