Or, c’est justement l’inverse : l’inachèvement est l’état naturel de la littérature. Celle-ci n’atteint jamais la plénitude dont notre époque de chiffres et de rentabilité, considère qu’elle forme l’alpha et l’oméga de toute excellence intellectuelle. On croit pouvoir assigner à la culture littéraire un commencement repérable et une fin visible. Bref, on valorise sans le savoir une donnée culturelle qui n’entretient aucune « familiarité » avec ce qu’est un monde littéraire.

Autrefois déjà, quand j’étais lycéen (il y a plus d’un demi-siècle), les sciences reléguaient « l’autre culture » au rang d’esclaves. Si l’on était « littéraire », c’est qu’on n’était qu’une demi-portion. La noblesse allait en math-élem, les valets s’embourbaient en classe de philo. Mais la société globale, à cette époque, ne donnait pas franchement son aval de prestige à la culture scientifique : à l’extérieur du lycée, un passé littéraire était aussi hautement considéré qu’une certification scientifique.

Les temps ont changé et je ne suis pas tout à fait sûr qu’on ait véritablement à s’en féliciter. Comme dit Valéry, un généraliste c’est seulement un « spécialiste des choses vagues ».