Or, à l’âge déclinant, j’ai entrepris, d’ailleurs avec un plaisir croissant, de relire les romans de Victor Hugo. Et là, de manière systématique, j’ai rencontré « vis-à-vis le (ou la ou les) ». La systématicité me forçait à reconnaître qu’il ne pouvait pas s’agir d’une coquille, voire même (pourquoi pas, me disais-je de façon injustifiable) d’une coquetterie de grand écrivain. Bien entendu, mon sang ne fit qu’un tour et, en même temps, en fit plusieurs.

J’avais lutté contre une erreur qui m’avait paru « ethnologiquement sélective » et j’avais tort. L’histoire de la langue concrète, c’est-à-dire dans ses usages effectifs, est riche en de telles confusions. Nous sommes tous, ça et là, saisis par des exemples semblables. Nénuphar a donné lieu, on le sait, à de vertes empoignades lors de la commission Rocard (en 1990) qui avait pour tâche de rationaliser l’orthographe, entre les tenants de « nénuphar » et ceux de « nénufar ». André Chervel, qui œuvre avec obstination pour une réforme orthographique rigoureuse, pourrait lui aussi en attester. Les évidences ne sont pas évidentes et il faut se garder de les imposer, ou, comme on dirait en médecine, de les administrer.